lundi 12 avril 2010

● Que de mots, que de mots...



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● Que de mots, que de mots...



Au commencement était le verbe, dit la légende biblique, en son premier chapitre.
Et le verbe en question était le verbe être, conjugué au passé, il y eut de l'être, c'est déjà quelque chose.
Ce qu'il en advint, affaire de devins, conjugaison à tous les temps, hier, demain, temps incertains...

Bien sûr, ce n'était que le premier verbe de l'histoire, une histoire qui n'en finit pas de se dire et de s'écrire,
et de décrire un chaos plus ou moins innommable, insondable, ineffable et indicible, longue mélopée
de verbes, d'adverbes, de noms et d'adjectifs, de nombres et de chiffres, des choses et d'êtres, en myriades.
Selon Etienne Brunet, un lexicologue distingué, ce verbe est, sans doute aucun, le mot le plus usité de la langue française.

Et vient en seconde position le verbe avoir, qui sert lui aussi d'auxiliaire de conjugaison, et désigne des qualités ou des propriétés, présent que l'on possède ou aimerait posséder, des caractéristiques singulières.
Le triangle est une figure, et il a trois côtés, l'être et l'avoir permettent ainsi de s'y retrouver, parfois.
Etre, avoir, choisir une lecture, l'un ou l'autre, sinon les deux, pourquoi pas.
Territoire fragile, dénominations. Domaines, domination. Les mots font signe.

En troisième lieu dans la liste de mots les plus utilisés de la langue française, encore un verbe.
Visiblement, ni l'être, ni l'avoir, ne suffisent, pas besoin d'en faire la démonstration,
et voici le verbe faire, qui promet beaucoup, oui, mais comment faire pour s'en sortir, ou s'y retrouver...
Un temps de forgerons, d'orfèvres, de fabricants et de marchands, de producteurs puis de distributeurs, industrieux.
Selon toute apparence, il y a ce qui est, et ce qui n'est pas, il y a ou il est ce que nous avons, ou n'avons pas,
il suffit de faire le tri, et chemin faisant, de faire en sorte que les choses s'améliorent, car sinon, nous voilà faits et refaits.

A défaut de faire, ou de faire l'affaire, on peut toujours se dire que le verbe dire promet aussi de jolis résultats, même s'il ne suffit pas de le dire, c'est déjà un début, comme une définition, un projet, un éclairage, à défaut de lumière.
Communication, comme clé de l'organisation sociale, marchande, productive, et des échanges qui régulent la domination.
Management, dire de faire, sans ménagement, pour que le système alimente en sous-produits le réseau des mots dits.
En quatrième place, donc, le verbe dire, qui laisse deviner ce qui n'est pas dit, ou ne l'était pas,
et avoue parfois ce qui est fait, en effet, ou ce qu'il y a lieu de faire, en fait, pour éviter quelques soucis.

Au cinquième rang, cinquième seulement, le pouvoir, encore un verbe, qui ouvre une porte sur le possible,
mais signale aussi ce qui ne l'est pas, et demeure hors de portée. Certains seulement s'arrogent le pouvoir de dire, de faire faire, celui d'avoir, et d'être ainsi le pouvoir. Le verbe pouvoir possède quelques faiblesses, et la légende tient pour établi que le pouvoir rend fou, ce qui devrait quand même servir d'avertissement, ici ou là !
Tout pouvoir, totale folie.

Sixième de la liste, c'est un adverbe et un adjectif, tout à la fois. Un fourre-tout, en quelque sorte,
mais quand tout est dit, on devine qu'il y aura un peu de silence, tout à coup. Dans le silence, l'horreur.
Bref, le mot tout désigne l'ensemble et la totalité, le global et le local, l'immensité et le minuscule,
et une sorte de divinité insupportable, qui a produit le totalitarisme, le rêve d'un ordre parfait, irrespirable.
Cinq verbes, un adverbe qui joue parfois les adjectifs, est-ce tout ?

Cette classification n'irait pas bien loin sans le verbe aller, qui va bien en effet, dans le tableau, et invite au voyage. Le monde ne va pas si bien, sans doute, mais à défaut de pouvoir tout changer, on peut toujours dire ce qu'il faudrait faire, pour changer un peu le paysage, ce qu'il est, et ce qu'il a, et qui ne va pas.
Allez, on s'y met ? Ça vous va ? Faudrait voir...

Précisément, au huitième rang, on aperçoit le verbe voir, qui désigne, avec entendre, s'entend, un sens indispensable, et par définition, un mécanisme complexe, fait de perspective, de stéréoscopie, et d'imagination.
On peut sans doute voir les choses autrement, entrevoir un autre avenir, aller voir et explorer, aller se faire voir, ailleurs, qui sait...
Quant à voir ça de plus près, y aura-t-il quelque savoir à en tirer ?

Sans doute manquait-il quelque chose, pour que cette liste prenne toute sa saveur, et à la neuvième place des mots les plus utilisés, vient l'homme. Ce mot désigne évidemment l'être humain, le genre humain, l'espèce humaine, et parmi les humains, celui de genre et de sexe masculin.
Comme d'habitude, question vocabulaire, la femme viendra un peu plus tard, attendant son heure, rien de neuf.

Et comme si l'homme avait besoin de réaffirmer sa foncière primauté, il occupe aussi la dixième place, avec le mot mari, qui le définit comme conjoint, lié par le lien conjugal, associé comme époux, seigneur et maître, il n'y pas si loin. Nous voilà bien !
A moins qu'il ne faille lire : nous le voulons bien, ou c'est bien parce que nous le voulons.
Sinon, sans doute, les mots diraient un autre monde.

Le verbe vouloir vient ensuite, en onzième lieu, huitième verbe, dans l'ordre des mots les plus usités.
Est-ce bien là ce que nous voulions ? A défaut de pouvoir, reste donc la volonté, qui suppose un choix, un désir, une recherche, une requête. C'est un éclairage intéressant, cette idée que nous pourrions refuser ce qui ne va pas, et vouloir autre chose, un autre ordre des mots que nous choisissons pour dire le monde, et ses tristes tropismes.
Et quand les volontés vont par quatre, mieux vaut éviter, le risque de se faire avoir et posséder n'est pas loin.

Douzième signe de ce curieux zodiaque des mots français, femme. Un être humain, de sexe féminin, un adulte du genre féminin, et sans doute une étrange énigme du vocabulaire courant. Un mot qui désigne une modalité à part entière de l'humanité, sans laquelle celle-ci disparaîtrait. Dans l'antique légende, les hommes font la guerre, et les femmes les guerriers. Dernières de la liste, sauf à la lire dans l'ordre inverse, en cherchant d'autres cheminements, d'autres manières de penser.

Viendrait alors ensuite, ce qui vient, et le verbe venir. Il y eut donc ce qui est, et ce qu'il en advient, ou ce qu'il en advint, pas nécessairement ce que nous voulions, ni même ce que nous pouvions. Viendra-t-elle ? Que veut-il ? Viendront-ils ?
N'allez pas pour autant consulter les devins, obscurs marchands de vent ivres, charlatans aux mille visages.
Ils ont pour consigne d'éclairer les consciences, de désigner le bon chemin, mais voilà qu'il en tirent parti, depuis la nuit des temps.
Ce n'est pas grand mystère, mais commune manipulation, vieille comme le monde.
Grande illusion, on peut prévoir quelques déceptions.

Si grand est par fortune au rang quatorze, vient ensuite le devoir, encore un verbe, qui rime avec la dette indéfinie qu'ont les petits envers les grands de ce monde, comme il se doit. La langue est donc une dictée, nous plions sous le poids des mots, sauf à en changer.

Puis vint le jour, parfois le grand jour, c'était au seizième temps de ce décompte des mots fréquents, on se doute qu'il y eut, un peu plus tard, quelques nuits, et un calendrier, marqué de lunes blanches, et de saisons variables. Les mots qui précèdent, comme une infrastructure, un programme, un schéma d'organisation, une trame ou un filet, un engramme imperceptible, à force d'usage.

Nous avions rendez-vous avec le jour, les mots nous y avaient convoqués, subrepticement, et nous nous sommes laissé prendre par son étincelante magnificence.

Prendre est le mot suivant sur la liste, et il y eut donc des prédateurs, des proies, des captifs, des esclaves, des serviteurs, des domestiques, des ouvriers, des opérateurs, quelques techniciens, pour épuiser les ressources disponibles, et assurer leur judicieuse exploitation.
Bel exploit. Les grands prennent aux petits, les riches aux pauvres, et ainsi de suite, jusqu'à ce que la langue, si belle et bien pensée, en perde la raison.
Petit, au dix-huitième rang, prend peu de place, et fait peu de bruit, naturellement. Mais c'est ainsi.

Selon la source déjà citée, la liste indique au rang suivant le mot mer, féminin, certes, et signe d'horizon ouvert, d'espace de liberté, ou d'un temps différent, où l'élément produit un autre cycle, à peine meurtri par l'univers productif, et par les dépravations et dégradations de l'humanité industrieuse. Aurions-nous l'âme marine ? Mystérieuse promotion de l'océan, ou simple jeu de mot, qui sait.

Peut-être s'agissait-il, dans cette exploration sommaire du vocabulaire le plus courant de trouver un indice, une piste, ou simplement quelque plaisir, à signaler les manques et les failles de la langue, qui dit si bien ce qu'elle exige, et offre si peu de ressources en échange.
A moins que justement, la liste ne soit pas close, ni si limitée, et qu'elle offre alors bien des surprises encore en gestation.

Il resterait encore à voir ce que ça donne, quand l'économie du don remplace l'échange marchand, quand la gentillesse ordinaire remplace l'ordre des prédateurs, quand les petits n'ont plus peur des illusionnistes, et leur rient au nez.
La légende raconte qu'il y eut alors un autre temps, comme toujours, et que ce temps reste à venir. Ou à faire, ou à dire. A faire venir ou advenir.
Il suffirait de trouver le temps, de lui donner une chance, d'être autrement.

Et même si ce petit jeu, à la rencontre des mots les plus ordinaires, ne produit qu'un léger sourire, si même rien d'autre qu'une vague distraction, quand bien même, est-ce cet autre moment aurait été le même, sans cette liste de mots puisés dans l'immense champ lexical, où chantent les mots, et leur légende ?

Si même est à la vingt-troisième place, fallait-il que falloir soit à la suivante ? Et où faudra-t-il s'arrêter, dans ce palmarès improbable, qui propose de donner du temps au temps, et même de le prendre s'il le faut, pour qu'il advienne. Peut-être serait-il temps d'en parler, encore un verbe, certes, qui donne à tous ou presque, un temps de parole. Pour que des actes s'en suivent, c'est encore une autre histoire, pas forcément la même, à suivre, demain peut-être.

Que le pouvoir et l'être vacillent, vaste programme, pour peu qu'on y prête la main.
Celle où se reconnaît l'humain. Celui ou celle qui donne la main, aux autres humains, quels qu'ils soient, quand le temps l'exige, ou la simple humanité. Simple entraide, élémentaire solidarité, bien peu de chose, sans doute, pour oublier la chose, celle qui désigne la catastrophe, parfois, ou le désastre, l'innommable, mais aussi bien d'autres choses, d'autres leçons, dont causent les êtres humains doués de la parole.

Puis viendrait la vie, juste après le verbe mettre, et c'est un joli rêve, de remettre de la vie là où étaient la misère, la souffrance, le désarroi, l'ordinaire fatal et banal.

Quelques mots sans doute, une énumération en trente étapes, où la dernière se nomme savoir.
C'est sans doute la première, qui sait.
C'est un maigre savoir, si trente mots seulement suffisaient à décrire la base pratique minimale de notre vocabulaire, par simple analyse de fréquence, et on voit bien les limites de l'exercice, qui nous laisse sur notre faim.
Sur une vingtaine de millions de mots recueillis, la machine en a extrait mille cinq cents, et nous venons de parcourir les trente premiers. Il en manque donc, et quelques-uns d'importance.
Oui, mais lesquels ?



La source de ce billet est ici :
http://www.linternaute.com/savoir/societe/mots-les-plus-utilises/

Vous y trouverez aussi un accès direct au dictionnaire,
mais on peut recommander également le site excellent du CNRTL :
http://www.cnrtl.fr/definition/

Et la liste complète :
http://media.eduscol.education.fr/file/ecole/20/6/liste-mots-par-frequence_115206.pdf

ou ici :
http://eduscol.education.fr/cid47916/liste-des-mots-classee-par-frequence-decroissante.html


11 avril 2010

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:: Un blog SGDG
sans garantie du gouvernement
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http://pacoalpi.blogspot.com/
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:: Et quelques textes de référence :
http://www.scribd.com/people/documents/21977
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